Les reins font partie des organes les plus exposés aux complications du diabète de type 2. Longtemps silencieuse, l’atteinte rénale liée au diabète peut pourtant évoluer jusqu’à l’insuffisance rénale terminale si elle n’est pas détectée et prise en charge à temps. Comprendre ce lien, apprendre à le surveiller et agir tôt : voici ce que vous devez savoir.1, 2

Pourquoi le diabète de type 2 affecte-t-il les reins ?
Les reins sont des organes filtrants essentiels : ils éliminent par les urines les déchets du sang, régulent la pression artérielle, favorisent la production de globules rouges, et maintiennent l’équilibre hydrique de l’organisme. Pour accomplir ce travail, ils sont parcourus d’une multitude de petits vaisseaux sanguins extrêmement fins. C’est précisément là que le diabète de type 2 peut causer des dommages.2, 3
En cas de diabète non ou mal contrôlé, l’hyperglycémie chronique, c’est-à-dire un taux de sucre trop élevé de façon persistante dans le sang, diminue progressivement la capacité des reins à filtrer le sang. C’est ce que l’on appelle la néphropathie diabétique, ou plus largement la maladie rénale chronique dûe au diabète (MRC). 2
Cette atteinte est le résultat d’une interaction complexe entre plusieurs facteurs : l’hyperglycémie elle-même, l’insulinorésistance caractéristique du diabète de type 2, une pression artérielle souvent élevée, et parfois une prédisposition génétique. Ces facteurs
combinés accélèrent la dégradation des structures rénales jusqu’à l’altération progressive de la fonction rénale.4
Aujourd’hui, le diabète de type 2 représente la principale cause d’insuffisance rénale chronique dans le monde. Selon les données publiées par des sociétés savantes, environ 40 % des personnes vivant avec un diabète de type 2 développent une maladie rénale chronique. Et, aux stades les plus avancés de la maladie rénale (stades 4-5), le diabète est responsable de 30 à plus de 50 % des cas nécessitant une dialyse ou une greffe de rein.5
Une maladie silencieuse, trop souvent découverte tardivement
L’un des défis majeurs de la maladie rénale chronique liée au diabète est son caractère totalement asymptomatique pendant de nombreuses années. Les personnes concernées ne ressentent généralement aucun signe jusqu’aux stades avancés de la maladie. Ce n’est souvent qu’à un stade tardif qu’apparaissent des symptômes tels que la fatigue, des œdèmes des membres inférieurs, ou une élévation de la pression artérielle.2, 3, 6
Cette évolution silencieuse explique pourquoi un dépistage précoce et régulier de la fonction rénale est indispensable dès l’annonce du diagnostic de diabète de type 2. Or, selon les experts, le dosage de l’albuminurie, l’un des deux marqueurs clés de l’atteinte rénale, n’est pas réalisé suffisamment régulièrement dans la pratique clinique.2
Un patient diabétique de type 2 peut déjà avoir développé une atteinte rénale avant même d’avoir reçu son diagnostic de diabète. Prendre conscience de cette réalité est une étape essentielle pour enclencher une surveillance adaptée sans attendre.7
Comment dépiste-t-on la maladie rénale chronique chez le patient diabétique de type 2 ?
Le dépistage de l’atteinte rénale chez les personnes vivant avec un diabète de type 2 doit être réalisé une fois par an et repose sur deux examens complémentaires, qui doivent être réalisés ensemble 4, 8 :
- Le débit de filtration glomérulaire (DFG), calculé à partir de la créatininémie sanguine. C’est le principal indicateur de la capacité des reins à filtrer le sang. Un DFG inférieur à 60 mL/min/1,73 m² pendant plus de 3 mois indique une insuffisance rénale chronique.
- Le dosage de l’albuminurie (rapport albumine/créatinine urinaire), qui détecte la présence d’albumine dans les urines, un signe précoce d’atteinte des glomérules. Une albuminurie supérieure à 30 mg/g de créatinine est un signal d’alerte.
Ces deux marqueurs ont des trajectoires indépendantes : l’un peut être altéré sans que l’autre le soit encore. C’est pourquoi ils doivent être systématiquement mesurés ensemble, et non de façon isolée. Ces examens doivent être pratiqués dès le diagnostic de diabète, puis de façon régulière selon les résultats obtenus et les facteurs de risque du patient.4, 8
Quels sont les facteurs qui aggravent le risque rénal ?
Certains facteurs favorisent et accélèrent la progression de la maladie rénale chez les personnes vivant avec un diabète de type 2.3 Les connaître permet d’agir de façon ciblée pour les limiter :
- Un mauvais contrôle glycémique (HbA1c élevée) : l’hyperglycémie persistante est le moteur principal des lésions rénales 2, 3, 4;
- Une hypertension artérielle non contrôlée : la pression élevée fragilise les micro-vaisseaux rénaux et accélère leur dégradation 2, 3, 4;
- Le tabagisme : des études prospectives ont montré que le risque de détérioration de la fonction rénale est 2 à 2,5 fois plus élevé chez les fumeurs 3;
- L’obésité et le surpoids, qui aggravent l’insulinorésistance et augmentent la pression sur les reins 3;
- Une alimentation riche en sel, en sucres raffinés ou en aliments ultra-transformés 3;
- La sédentarité, qui aggrave la résistance à l’insuline et favorise l’obésité 3;
- Une prédisposition génétique et certaines caractéristiques ethniques, associées à un risque accru de complication rénale 4.
Comment prévenir et ralentir l’atteinte rénale ?
La progression de la maladie rénale chronique liée au diabète pourrait être significativement ralentie, voire stabilisée, grâce à une prise en charge rigoureuse et précoce.9
En premier lieu, le contrôle glycémique reste le levier central. Maintenir une HbA1c dans l’objectif fixé avec son médecin (objectif adapté à l’âge, aux comorbidités et aux complications) est la meilleure façon de protéger les reins.3, 8 De même, le contrôle de la pression artérielle est primordial : les recommandations préconisent une pression artérielle cible bien contrôlée chez les personnes diabétiques avec atteinte rénale.3, 8, 9
Sur le plan des traitements médicamenteux, des avancées majeures ont été réalisées ces dernières années. Certains médicaments auraient une action protectrice sur la fonction rénale et ralentiraient la progression de la maladie rénale, réduisant ainsi le risque d’atteindre le stade terminal.10
Une prise en charge multifactorielle – glycémie, pression artérielle, lipides, habitudes de vie – est indispensable pour optimiser les bénéfices.3, 8, 9
Du côté des habitudes de vie, arrêter de fumer, réduire la consommation de sel, pratiquer une activité physique régulière et adopter une alimentation équilibrée restent des piliers fondamentaux qui agissent directement sur les facteurs de risque de progression rénale.3
Quel suivi rénal pour les personnes vivant avec un DT2 ?
Le suivi de la fonction rénale doit être intégré dans le bilan de suivi annuel systématique de toute personne vivant avec un diabète de type 2, dès le diagnostic. La fréquence de ce suivi est ensuite adaptée selon le niveau d’atteinte rénale et les facteurs de risque individuels. 8, 9
De façon concrète, le suivi recommandé comprend 2, 8, 11:
- Une mesure annuelle du DFG et de l’albuminurie, à réaliser simultanément. En cas de résultats anormaux, ce rythme peut être rapproché (tous les 3 à 6 mois) ;
- Un contrôle régulier de la pression artérielle, à chaque consultation ;
- Un bilan lipidique annuel (cholestérol, triglycérides), les anomalies lipidiques aggravant le risque cardiovasculaire associé à la maladie rénale ;
- Une surveillance de l’HbA1c tous les 3 mois environ, pour évaluer l’équilibre glycémique global ;
- Une adaptation du traitement antidiabétique en cas de baisse du DFG, car certains médicaments sont contre-indiqués ou doivent être ajustés selon le stade de la maladie rénale (ex. : la metformine est contre-indiquée en cas d’insuffisance rénale sévère).
En cas d’atteinte rénale confirmée ou sévère, un suivi conjoint entre le médecin traitant, le diabétologue et le néphrologue est recommandé. Ce travail en réseau pluridisciplinaire est reconnu comme l’une des conditions essentielles pour optimiser la prise en charge. 8, 11
Conclusion : agir en amont pour préserver vos reins
La relation entre diabète de type 2 et pathologie rénale est étroite et potentiellement grave, mais elle n’est pas une fatalité. Grâce à un dépistage précoce, un contrôle glycémique et tensionnel rigoureux, des traitements adaptés et un suivi régulier, il est possible de ralentir considérablement, voire de stopper, la progression vers l’insuffisance rénale.
N’attendez pas l’apparition de symptômes pour demander un dépistage de votre fonction rénale. Parlez-en à votre médecin traitant ou à votre diabétologue dès votre prochain rendez-vous : un bilan sanguin et urinaire simple peut faire toute la différence.
Source :
- Fédération Internationale du Diabète. Diabète et complications au niveau des reins. idf.org. 2025. https://idf.org/fr/about-diabetes/complications/kidneys/. Dernier accès le 16 avril 2026
- Fédération Française des Diabétiques. Néphropathie diabétique. Consulté en 2025. https://www.federationdesdiabetiques.org/information/complications-diabete/nephropathie. Dernier accès le 17 avril 2026
- Ameli.fr. Les complications du diabète au niveau des reins. Juillet 2024. https://www.ameli.fr/seine-saint-denis/assure/sante/themes/diabete-adulte/diabete-symptomes-evoluti on/complications-reins. Dernier accès le 15 avril 2026
- Monnier L. et al. Maladie rénale chronique et diabète de type 2. Histologie, pathogénie et stades évolutifs. Médecine des Maladies Métaboliques, Volume 17, numéro 8, décembre 2023. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1957255723002250. Dernier accès le 15 avril 2026
- Dossier thématique. Épidémiologie des maladies rénales chez les patients diabétiques et place des marqueurs. ScienceDirect / Médecine des Maladies Métaboliques, 2023. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S195725572300233X. Dernier accès le 16 avril 2026
- Ameli.fr. Dépistage, symptômes, diagnostic et évolution de la maladie rénale chronique. Janvier 2025. https://www.ameli.fr/seine-saint-denis/assure/sante/themes/maladie-renale-chronique/symptomes-dia gnostic-evolution. Dernier accès le 15 avril 2026
- Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO) Diabetes Work Group. KDIGO 2020 Clinical Practice Guideline for Diabetes Management in Chronic Kidney Disease. Kidney Int. 2020 Oct;98(4S):S1-S115. doi:10.1016/j.kint.2020.06.019. PMID: 32998798. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32998798/. Dernier accès le 17 avril 2026
- HAS. Prévention et dépistage du diabète de type 2 et des maladies liées au diabète. Octobre 2024. https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/referenciel_pratiques_diabete.pdf. Dernier accès le 16 avril 2026
- Haute Autorité de Santé (HAS). Stratégie thérapeutique du patient vivant avec un diabète de type 2. Validée par le Collège le 30 mai 2024. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2024-06/strategie_therapeutique_du_patient_viv ant_avec_un_diabete_de_type_2_-_recommandations.pdf. Dernier accès le 15 avril 2026
- Martin Buysschaert, Jacko Abodo, Jamal Belkhadir, Benoit Buysschaert. Néphroprotection et diabète de type 2 : regards croisés en 2025 sur quatre (nouvelles) classes thérapeutiques d’intérêt. Médecine des Maladies Métaboliques, Volume 19, Issue 6, 2025. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1957255725001002. Dernier accès le 17 avril 2026
- Ameli. Suivi d’une personne diabétique : les fondamentaux. Juillet 2025. https://www.ameli.fr/seine-saint-denis/assure/sante/themes/diabete-adulte/diabete-suivi/surveillance-f ondamentaux. Dernier accès le 17 avril 2026
FR26DI00016 – Juin 2026