Le diabète est diagnostiqué par une glycémie (le taux de sucre dans le sang) à jeun supérieure à 1,26 g/L à 2 reprises. Le diabète de type 1 peut être diagnostiqué à tout moment de la journée si la glycémie dépasse les 2 g/L en présence de symptômes comme :
- Une augmentation du besoin d’uriner, qui devient fréquent et survient nuit et jour avec des urines abondantes (polyurie).
- Une augmentation de la soif (polydipsie),
- Une perte de poids malgré un appétit qui augmente ;
- Une fatigue importante ou une vision trouble 1.
Les seuils de diagnostic du diabète varient selon que la personne est à jeun ou non, car la glycémie augmente naturellement après avoir mangé 2.
Quelle est l’évolution normale de la glycémie après le repas ? Qu’en est-il en cas de diabète ?
Chez les personnes sans diabète, la période postprandiale, qui correspond à la phase de digestion et d’absorption des glucides (leur passage dans le sang), s’accompagne d’une augmentation de la glycémie qui va être rapidement compensée par une augmentation importante de l’insuline secrétée par le pancréas 3.
Je suis diabétique : Quelle doit être ma glycémie postprandiale ? A quelle distance du repas ?
Il n’existe pas de consensus universel sur les objectifs de glycémie postprandiale, ceux-ci pouvant varier selon les recommandations, les contextes cliniques et les profils de patients. La Fédération Française des Diabétiques rapporte que les objectifs glycémiques postprandiaux varient selon le type de diabète. Pour les personnes atteintes de diabète de type 1, la glycémie après le repas doit rester inférieure à 160mg/dL (soit 1,60 g/L). Pour le diabète de type 2, elle ne doit pas dépasser 180 mg/dL (soit 1,80 g/L). En cas de diabète gestationnel, les seuils sont plus stricts : < 0,95 g/L à jeun et < 1,20 g/L après les repas4.
Les personnes traitées peuvent contrôler leur glycémie capillaire à 1 ou 2 heures après un repas, selon leurs habitudes ou le conseil de leur équipe médicale4 .La mesure de la glycémie postprandiale n’est pas systématiquement recommandée en pratique courante. Toutefois, elle peut s’avérer pertinente lorsque l’HbA1c dépasse l’objectif de 7 %, alors que les glycémies à jeun semblent dans les normes4. Selon les recommandations de l’American Diabetes Association (ADA)6, la cible de glycémie à jeun se situe entre 80 et 130 mg/dL, soit entre 0,80 et 1,30 g/L. Dans ce contexte, une élévation persistante de l’HbA1c peut révéler des pics glycémiques postprandiaux non détectés lors des contrôles à jeun, justifiant ainsi une évaluation plus complète du profil glycémique7.
Chez les personnes traitées par insuline rapide aux repas, il est possible d’utiliser cette insuline pour corriger une hyperglycémie postprandiale. Toutefois, afin d’éviter un risque d’hypoglycémie, il est recommandé de ne pas effectuer une nouvelle injection dans les trois heures suivant la précédente.
Dans ce contexte, la glycémie postprandiale peut être vérifiée environ 2 heures après le repas. Si une hyperglycémie persiste, une réévaluation de la glycémie à 3 heures peut être envisagée pour déterminer si une correction supplémentaire est nécessaire et ajuster la dose d’insuline en conséquence7. Ainsi, la plupart des patients sous ce type de traitement réalisent le contrôle glycémique postprandial à 3 heures afin de pouvoir corriger au besoin7. La valeur à partir de laquelle le patient peut réinjecter est à définir au cas par cas et peut se situer entre 1,30 et 2 g/L suivant les objectifs glycémiques personnels, l’activité physique qui va suivre ou la dose d’insuline basale7.
Les patients traités par pompe à insuline qui utilisent un assistant bolus qui tient compte de l’insuline « active » ou « résiduelle », c’est-à-dire l’insuline injectée qui a encore une action hypoglycémiante à venir, peuvent corriger plus tôt, à partir de 2 heures, et donc, contrôler leur glycémie postprandiale à 2 heures8.
Enfin, les patients qui utilisent une mesure continue du glucose (MCG) voient les courbes postprandiales et le pic glycémique entre 30 minutes et 1 heure. Il est consensuel maintenant de dire que, dans l’idéal, la glycémie maximale ne doit pas dépasser 1,80 g/L et la qualité de l’équilibre glycémique est maintenant estimée par le pourcentage du temps passé entre 0,70 et 1,80 g/L sans hypoglycémie9.
Ces systèmes de MCG sont très intéressants pour évaluer le taux de glucose postprandial, car ils fournissent des données exhaustives sans nécessiter de nombreuses piqûres au bout du doigt10.
La généralisation de l’utilisation des outils de MCG a permis aux médecins mais également aux patients de prendre conscience de ces pics hyperglycémiques postprandiaux et des facteurs qui pouvaient les influencer.
Influence du contenu en glucides du repas
La quantité totale de glucides contenue dans un repas est un facteur important de l’hyperglycémie postprandiale11,12.
Ces glucides proviennent de différentes sources :
- Glucides complexes (présents dans les féculents) : Aliments contenant de la farine ou des céréales : pain, pâtes, riz, etc.
- Glucides simples (sucres rapides) : Aliments contenant des fruits, du miel ou du sucre : confiture, gâteaux, jus de fruits, etc.
Ce point est particulièrement important chez les personnes vivant avec un diabète de type 1 ou insulinopénique, chez qui la variation du contenu alimentaire en glucides impacte directement les glycémies postprandiales. Les patients présentant ce type de diabète insulinopénique doivent donc prendre en compte le contenu de leur repas en glucides afin qu’il soit en adéquation autant que possible avec la dose d’insuline prandiale réalisée.
Plusieurs stratégies sont alors possibles :
- La personne peut opter pour des repas dont l’apport est régulier en glucides avec une dose d’insuline stable, en travaillant sur la notion d’équivalence glucidique pour remplacer les aliments entre eux. Elle doit être vigilante à ce que la quantité globale de glucides soit à peu près constante.
- A l’inverse, certains patients préfèreront varier les contenus alimentaires en glucides mais apprendre à adapter leur dose d’insuline rapide en fonction, en travaillant sur la notion du ratio insuline/glucide (« combien d’unité d’insuline pour 10 g de glucides ? ») et en apprenant à compter les glucides de leur repas. Cette méthode requiert de travailler avec des journaux alimentaires précis (photos des repas, poids des aliments) et de mettre en relation ces apports alimentaires avec la dose d’insuline réalisée et l’effet glycémique observé. Une fois maîtrisée, elle peut favoriser l’adaptabilité à des repas très variés. Cette méthode est préférée des patients qui utilisent une pompe avec la fonction assistant-bolus car le calcul mental de la dose est évité. Le ratio insuline/glucide étant saisi au préalable dans le système, les patients saisissent les glucides ingérés et la dose proposée s’affiche automatiquement12,13.
- Certaines de patients choisissent en fait une solution intermédiaire, que l’on pourrait qualifier de la technique « aliment-dose » qui consiste à évaluer la quantité d’insuline à injecter pour chaque portion d’aliment ingéré. Elle s’acquiert par l’expérimentation du patient qui ne raisonne pas en gramme de glucides mais qui sera cependant à l’aise pour varier les quantités et le type d’aliment, en fonction de la richesse de son expérience14. Elle requiert également un travail à partir d’un journal alimentaire pour mettre en relation l’aliment et l’effet glycémique.
- D’autres personnes seront tentées de réduire le contenu de leur alimentation en glucides afin de limiter l’hyperglycémie qui en résulte. Une telle attitude peut se concevoir à partir du moment où la personne ne se sent pas contrainte et frustrée par ce choix, et qu’elle sent que cela lui convient15. En effet, une frustration alimentaire chronique impacte la qualité de vie et peut parfois aboutir à l’effet inverse en engendrant une spirale de « craquages »/culpabilité/ dévalorisation/sentiment d’échec, et être source d’aggravation, voire même de déclenchement, de troubles du comportement alimentaire pouvant s’apparenter à de la boulimie. La restriction glucidique peut également parfois s’accompagner d’une augmentation de l’apport en graisses, ce qui ne sera pas forcément favorable sur le plan du risque cardiovasculaire, ni sur le poids15.
Influence de l’index glycémique du repas
Les patients rapportent que pour une même quantité de glucides, le pic glycémique peut varier suivant le type d’aliment glucidique. Ce constat soulève la notion d’index glycémique qui qualifie le pouvoir hyperglycémiant d’une portion d’aliment qui renferme le même poids de glucides. Ainsi, parmi les féculents, ceux qui contiennent les céréales les plus raffinées comme la baguette blanche ou les galettes de riz soufflé, mais aussi les pommes de terre, ont un index glycémique plus élevé que les fruits par exemple, alors que les produits à base de céréales complètes auront un index glycémique, et donc un pouvoir hyperglycémiant pour une même quantité de glucide, plus faible16.
Influence du contenu en graisse du repas
Pour une même quantité de glucides, les repas gras (à base de fromage fondu ou de friture par exemple) auront un effet hyperglycémiant plus prononcé et plus prolongé, la phase d’hyperglycémie postprandiale pouvant durer plus de 8 heures, et parfois toute la nuit pour les repas du soir 7.
Influence de l’activité physique postprandiale
L’effet hypoglycémiant de l’activité physique est bien connu des personnes diabétiques et peut être facilement constaté si l’on utilise un système de MCG. L’activité physique dans la période postprandiale est capable de réduire l’hyperglycémie dans cette période et constitue un excellent moyen thérapeutique, à condition de prendre en considération le risque hypoglycémique, important chez les patients qui s’injectent de l’insuline au moment des repas. Il est important d’anticiper l’activité physique afin d’ajuster la dose d’insuline en fonction de l’intensité et de la durée de l’exercice prévu. Par exemple, certaines recommandations suggèrent de réduire la dose d’insuline rapide administrée lors du repas précédant une séance d’exercice d’intensité modérée, si cette dernière dure au moins 30 minutes et a lieu environ 90 minutes après le repas. Toutefois, ces ajustements doivent être personnalisés en collaboration avec l’équipe soignante, en tenant compte des besoins individuels et des directives médicales officielles18.
Influence du timing de l’injection de l’insuline prandiale
Les analogues rapides de l’insuline sont conçus pour agir rapidement après l’injection afin de couvrir la hausse de glycémie liée au repas. Leur action débute peu de temps après l’injection et leur durée est relativement courte. Ils sont pensés pour être injectés au moment des repas, afin d’imiter au mieux l’insuline produite naturellement par l’organisme7.
Le choix du moment d’injection et l’ajustement de la dose doivent toujours être déterminés selon la notice du médicament et les recommandations du professionnel de santé.
Aujourd’hui, l’utilisation des capteurs de glucose en continu (MCG) facilite grandement le suivi. Ils permettent de contrôler plus souvent la glycémie avant les repas et de mieux ajuster les doses d’insuline, tout en limitant le risque d’hypoglycémie.
Dans certains cas, par exemple pendant la grossesse ou chez les personnes plus sensibles aux variations de glycémie, cette surveillance aide aussi à adapter le moment de l’injection.
Conclusion
La glycémie postprandiale participe beaucoup à l’équilibre glycémique, particulièrement chez les patients bien équilibrés et également au risque d’évènement cardiovasculaire. De nombreux facteurs influencent l’équilibre postprandial, mais l’alimentation reste le principal facteur déterminant, par son contenu en glucides mais également en lipides18. Les mesures diététiques sont particulièrement efficaces, mais peuvent être soutenues par l’activité physique ou les traitements. Chez les personnes utilisant de l’insuline rapide, le délai d’injection par rapport au début du repas est capital pour un bon contrôle post-prandial2.
Sources :
- Assurance Maladie. Symptômes et diagnostic du diabète. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/diabete-adulte/diabete-symptomes-evolution/diagnostic-diabete Dernier accès le 05/11/2025
- Haute Autorité de Santé – https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/referenciel_pratiques_diabete.pdf – Dernier accès le 05/11/2025
- Impact of postprandial glyceamia on health and prevention of disease – PMC – https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3494382/ – Dernier accès le 19/11/2025
- Ma glycémie – Fédération Francaise des Diabétique https://www.federationdesdiabetiques.org/diabete/glycemie
- Fédération des diabétiques. Ma glycémie. https://www.federationdesdiabetiques.org/diabete/glycemie. Dernier accès le 05/11/2025
- L’HbA1c ou hémoglobine glyquée. https://www.federationdesdiabetiques.org/information/glycemie/hba1c. Dernier accès le 05/11/2025
- Ma glycémie augmente après le repas que puis-je faire – Association des Diabètique de Champagne-Ardenne https://afd51.federationdesdiabetiques.org/public/content/37/doc/Gluco%2090%20bis%20%281%29.pdf Dernier accès le 17/11/2025
- Importance of Postprandial Glucose in Relation to A1C and Cardiovascular Disease – American Diabetes Association – https://diabetesjournals.org/clinical/article/37/3/250/32916/Importance-of-Postprandial-Glucose-in-Relation-to – dernier accès le 17/11/2025
- Ajustement de l’insuline UR et du facteur de correction (facteur de sensibilité FS). https://www.chusj.org/fr/soins-services/D/Diabete/Tout-sur-les-injections-d-insuline/Comment-ajuster-l-insuline/Ajustement-de-l-insuline-UR-et-du-facteur-de-corre. Dernier accès le 05/11/2025
- CHU Sainte-Justine. https://www.chusj.org/CORPO/files/70/7078ed67-23a7-4dd9-a047-e587f3c33e24.pdf Dernier accès le 19/11/2025
- Comment intégrer les glucides dans mon alimentation – Fédération francaises des Diabétiques https://www.federationdesdiabetiques.org/diabete/alimentation/glucides – Dernier accès le 17/11/2025
- Diabète et alimentation au quotidien : les fondamentaux – Ameli – https://www.ameli.fr/lille-douai/assure/sante/themes/diabete-adulte/diabete-vivre-quotidien/equilibre-alimentaire/diabete-alimentation-fondamentaux – Dernier accès le 17/11/2025
- Utilisation de calculateurs de bolus automatisés pour la gestion du diabète – PubMed Central – https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6003586/ – Dernier accès le 05/11/2025
- CGM continuous glucose monitors American diabete association- https://diabetes.org/advocacy/cgm-continuous-glucose-monitors. Dernier accès le 05/11/2025
- Une revue exploratoire des recherches portant sur l’influence du comptage des glucides sur le comportement alimentaire et/ou les troubles du comportement alimentaire chez les personnes atteintes de diabète de type 1 – Science Direct – https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0168822725000828 Dernier accès le 17/11/2025
- Le calcul des glucides à l’aide d’un calculateur de bolus améliore la glycémie postprandiale chez les enfants et les adolescents atteints de diabète de type 1 utilisant des pompes à insuline – PubMed – https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22776045/ – Dernier accès le 05/11/2025
- Effets de la consommation d’un repas unique pauvre en glucides et riche en lipides sur la lipémie postprandiale et les marqueurs de dysfonction endothéliale : une revue systématique des données actuelles https://academic.oup.com/nutritionreviews/article/83/3/e1049/7726365 – Dernier accès le 17/11/2025
- Comptage des glucides et diabète – American Diabetes association- https://diabetes.org/food-nutrition/understanding-carbs/carb-counting-and-diabetes – Dernier accès le 05/11/2025